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 Tales of the Abyss :

Sorti au Japon pour fêter les 10 ans de la série, Tales of the Abyss est l'un de ces titres qui suscite l'inquiétude au moment d'évoquer la possibilité d'une sortie occidentale. C'est donc difficilement qu'il a trouvé le chemin des côtes américaines, tandis que sa sortie en Europe est aujourd'hui plus que jamais incertaine, malgré l'ouverture récente de Namco Bandai GI Europe. Une vraie misère au vu de la qualité du soft en lui-même...

L'aboutissement d'une série ?

La première question qui sautera à l'esprit du joueur sera sans doute : mais qu'apporte cet opus ? L'inquiétude est légitime, étant donné que pas moins de 3 jeux de la série principale se sont succédés entre les mois de décembre 2004 et 2005. Sans parler de l'étrange ressemblance avec un autre soft qui aura marqué les possesseurs de GameCube (mais pas moi) : Tales of Symphonia.
Cependant, nous n'avons clairement pas à faire à une simple « mise à jour ». Bien que l'on retrouve globalement la même équipe que pour Symphonia aux commandes, l'expérience s'avèrera certainement différente et définitivement plus aboutie.

Oublié, le système de combat imparfait de Symphonia. Oubliée, la technique quelque peu branlante de Legendia. Ici, le soft se veut complet et agréable. Sans rien révolutionner, Tales of the Abyss signe l'aboutissement d'une série en nous proposant combats dynamiques, personnages charismatiques et un côté artistique ô combien charmeur.

Et le plus gros co***** de l'année est...

L'histoire commence par l'énonciation d'une ancienne prophétie, annonçant la naissance d'une jeune héros qui mènera sa patrie vers un âge de prospérité. Très vague, elle se révèlera être au centre de l'histoire, non pas par sa signification, mais par son importance pour les deux protagonistes.
C'est aux commandes du jeune Luke fon Fabre que l'on passera le plus long de l'aventure. Fils d'un célèbre chef militaire du royaume de Kimlasca-Lanvaldear, notre « héros » est également fiancé à la princesse et troisième dans l'ordre de succession au trône. Bref, la panade, quoi. Sauf qu'après un enlèvement survenu 7 ans plus tôt, il a perdu la mémoire et est, depuis, confiné par ses parents dans le manoir familial, de peur qu'un drame ne se reproduise. Malheuresement (décidément), le drame fut plutôt ce choix, puisque Luke, maintenant âgé de 17 ans, est devenu la plus grande tête à claques du monde, passant son temps à dormir, manger, s'entraîner avec son maître d'armes et faire chi** le bon peuple. Ou plutôt les bonnes et majordomes, puisqu'il ne peut sortir de sa demeure.
C'est finalement l'intrusion d'un assassin qui viendra briser cette routine quotidienne : la toute aussi jeune Tear (16 ans, ils chôment pas chez Namco) pénètre le manoir pour tenter le maître de Luke : Van Grants. Alors que Luke tente de le défendre, un étrange phénomène se produira au contact de la jeune fille. Tous deux se verront en effet téléportés à l'autre bout du monde (littéralement !)
Lâché dans un monde dont il ne connait rien, avec pour seule compagnie une véritable armoire à glace, notre héros fera la connaissance de plusieurs personnages très variés, allant du très décalé colonel Jade Curtiss à Asch, un des Six Généraux Divins que dirige Van Grants, mais dont les intentions semblent être bien différentes de celles de son chef... On va en rester là pour éviter de trop en raconter, moui ?
Bien évidemment, comme il est question d'un Tales, attendez-vous à une avalanche de vannes plus ou moins drôles, mais souvent bien senties. A ce titre, Jade et Anise sont extras. Alors que le premier n'hésitera à pas vous dire droit dans les yeux « Ne vous inquiétez pas, je ne vous tuerai pas. Sauf si vous essayez de vous enfuir, bien sûr : D), la seconde, elle, paraîtra sacrément perturbée aux yeux de plus d'un joueur avec ses plans bizarres pour se débarasser de Tear et Natalia dans l'optique de s'accaparer la fortune de Luke. Ces deux-là forment sans doute le meilleur duo comique qu'ils nous ait été donné de voir dans un Tales.

Une machine mieux maîtrisée

Il faut le reconnaître, Symphonia PS2 et Legendia étaient tous deux de jolis ratages techniques. Alors que Symphonia se voyait amputé d'un certain nombre d'effets pour se voir greffer des temps de chargement abominables, Legendia, pourtant programmé par l'équipe expérimentée de la série Soul Calibur, nous offrait des graphismes bien en deça des dernières productions PS2. Le problème n'est cependant pas nouveau : la PS2 est une machine inférieure à la GC et porter un jeu pensé pour cette dernière, avec son hardware supérieur et ses mini-DVD limitant les chargements, est quelque peu ridicule dans le principe.

Ici, les développeurs ont eu la bonne idée de reprendre le moteur de Symphonia, mais en l'adaptant à la console de Sony. Un objectif clairement atteint, au vu de l'excellente fluidité du jeu. Le moteur graphique n'a pourtant pas souffert de la transition et, bien qu'inférieur à celui de super-productions comme Dragon Quest VIII ou Final Fantasy XII, se révèlera enchanteur au vu du soin apporté au côté artistique du soft.

Un côté artistique alléchant

Un côté artistique dont l'essence repose entre les mains de quatre hommes : Kôsuke Fujishima, Motoi Sakuraba, Shinji Tamura et enfin, en 'guest' si je peux me permettre, Motoo Fujiwara.

Bien connu pour ses autres travaux, tels son manga 'Ah ! Megumi-sama' ou les personnages de Sakura Taisen (un vrai phénomène au Japon, il y a quelques années encore), le maître Fujishima bénit ici un troisième Tales de son pinceau, nous proposant des personnages tout aussi charismatiques, si ce n'est plus, que ceux de ToS. Entre sobriété et référence, le design de bon goût des personnages saura ravir le plus grand nombre. Mention spéciale à Jade, dont la ceinture saura vous arracher un sourire en coin nostalgique.

Au niveau des musiques, on est en terrain connu. Après un Tales of Legendia aux mélodies divines, le duo Sakuraba/Tamura reprend ses droits. La bande-son rappellera sans problème la BO de Symphonia, en bien mieux cependant. Certaines influences d'autres travaux Tri-Ace/Crescendo de Sakuraba s'introduisent dans le travail du génie, qui nous gratifie avec son compère d'excellents morceaux.

De la mélodie tranquille accompagnant vos balades dans Grand Chokmah aux envolées épiques du dernier donjon, les deux hommes ont réellement réussi leur coup. Une fois de plus, Serait-on tenté de dire.
La surprise vient finalement de Motoo Fujiwara, peu connu dans le domaine des jeux vidéos. Et pour cause, il ne fait pas partie du milieu. Il s'agit en fait de l'auteur/compositeur/chanteur/guitariste principal (fiou) du groupe de rock japonais « Bump of Chicken », à qui l'on doit le générique du jeu, 'Karma'. Une excellente chanson, écrite POUR LE JEU (oui, je te regarde, misono) et dont les paroles se révèleront de plus en plus significatives au fur et à mesure que vous découvrirez le scénario.

Karma est d'ailleurs déclinée en plusieurs versions, toutes plutôt réussies et illustrant à merveilles les situations concernées, qui sont par ailleurs toujours des moments forts pour Luke et l'autre protagoniste. Le travail de Fujiwara, bien que mineur, mérite donc d'être félicité, puisque c'est la première fois dans un Tales que les responsables du thème principal s'impliquent plus directement dans le jeu.

Totale éclatch

S'il y a bien une chose qui caractérise chaque 'Tales of', il s'agit de ses combats. Depuis toujours, ce sont la marque de fabrique de la série, sa 'fierté', si l'on puit dire. Et ceux de ToA sont peut-être bien les plus réussis jusqu'à maintenant.

Les fans de Symphonia ne seront pas dépaysés, de prime abord, puisque le système d'Abyss est calqué sur celui de l'opus GC. Cependant bon nombre d'améliorations viennent changer considérablement la donne.
A commencer par le 'Free Run'. Technique apprise au niveau 5, le Free Run vous permet de courir dans toute la zone de combat en maintenant L2 et en vous déplaçant avec le joystick. Cette évolution, à elle-seule, représente un gigantesque pas en avant, dans la mesure où nous ne sommes désormais plus obligé de rester sur une seule ligne dans un champ de bataille en 3D. Correctement utilisée, cette technique vous permettra virtuellement d'esquiver tout et n'importe quoi. En pratique, il en sera cependant quelque peu différent.
Il est aussi nécessaire de parler des 'Fields of Foneme'. A chaque fois que vous utilisez un Arte (une technique ou un sort) élémental, celui-ci laisse une trace de la couleur de cet élément au sol. En utilisant certains autres Artes dans le cercle du bon élément, il est ainsi possible d'utiliser une version 'améliorée' de la technique. Pour illustrer mes propos, imaginez une seconde : en utilisant l'Arte 'Acier' de Luke (qui permet d'augmenter temporairement le taux de coups critiques) dans un FOF de feu, cette technique deviendra 'Charbon', une version améliorée d'Acier qui permet d'augmenter temporairement la force de Luke.

D'une façon générale, on notera que les combats sont bien plus dynamiques que par le passé. Pas juste dans leur déroulement, mais aussi dans leur ambiance. Il est ainsi courant d'entendre les personnages discuter entre eux en plein combat, que ce soit pour se congratuler ou se vanner grassement.
Et croyez-le ou non, mais il s'agit encore une fois d'une façon de mieux cerner les personnages. Voir Jade débuter un combat en disant, l'air de rien 'Oh, allez, dans le pire des cas on risque juste de mourir : )', pour qu'il le finisse en lâchant cruellement 'Pathétique. Votre vie a-t-elle si peu d'importance ?', est plus éloquant que n'importe quel discours ambigü que le gus pourra tenir dans tout le jeu...

Aventure longue, pas chère.

Un autre point fort de Tales of the Abyss reste sa durée de vie. Les développeurs n'ont pas fait dans le détail, avec une quête principale qui vous prendra au minimum 50 à 60h, à laquelle vient se greffer bon nombre de quêtes secondaires, excellentes pour la plupart.

De la récolte des poupées d'Anise à l'île Namco, les distractions sont nombreuses et variées. Celle que l'on retiendra le plus facilement restera sans aucun doute le tout dernier combat de l'arène, où notre équipe se verra opposée à 4 vieilles connaissances : Rid Hershell d'Eternia, Mint Adnade de Phantasia, Philia Philis de Destiny et enfin Nanaly Fletch de Destiny. Chacun de ces personnages se voit gratifié de ses meilleurs attaques, ce qui permet de participer à une lutte qui, a défaut d'être insurmontable, se révèle épique, avec des reprises de Bare Its Fangs, Inferia Battle, Dona Nobis Pacem, Take Up The Cross et enfin Eternal Mind pour agrémenter le tout !

Outre cette joute, ToA est une véritable ôde aux précédentes productions de Namco. Et pas seulement dans le design des persos. Bon nombre « d'à côté » sont des références plus ou moins subtiles. De l'évident remake du vieux jeu d'arcade Dragon Buster (où Luke se retrouve dans le rôle du héros et Tear dans celui de la princesse) à la poupée de Cless (qui permet à Tokunaga et Anise d'utiliser sa célèbre pose de victoire) en passant par le Swordian Dymlos équipable par Luke et Guy, les connaisseurs seront aux anges !

Oui, mais quand même pas, non.

Bien sûr, dit comme ça, j'en vois venir et dire « Mais il est ultime ton jeu ! ». Désolé, mais quand même pas. Bien sûr Tales of the Abyss est un très bon jeu. Mais le jeu ultime n'existe pas et celui-ci à également ses défauts.

Pour commencer, sa technique. Plus haut, je disais que les développeurs avaient fait du bon travail en portant le moteur GC sur PS2. Et il est vrai que le jeu est fluide. Mais le fantôme de la GC continue de hanter cette production. La carte du monde en est l'exemple le plus flagrant. Sans être spécialement jolie ou détaillée, elle se permet pourtant le luxe de ramer d'une façon particulièrement horrible. Et je ne parle pas des temps de chargements, qui seraient sans doute passés inaperçus grâce aux efficaces mini-DVD de la GameCube, mais se font ici cruellement sentir à cause des piètres performances du lecteur DVD de la PlayStation 2.

Ensuite, il faut avouer que si l'aventure est longue, elle peut être particulièrement redondante à certains moments. A plusieurs reprises, on sentira la pression du scénario, continue jusque là, s'évaporer miraculeusement pour laisser place à un certain ennui. Rien de dramatique, mais disons que cela peut nuire de façon importante au rythme de l'épopée.

Enfin, je connais plusieurs personnes qui vont s'arracher des cheveux en découvrant le dernier point que je souhaite évoquer : le fait que bon nombre de quêtes soient « ratables ». Un certain nombre d'entre elles nécessitent en effet d'être réalisées à un certain moment du jeu, faute de quoi il ne sera plus possible de les terminer. Le fait de pouvoir recommencer le jeu en accumulant des bonus à chaque partie (comme Exp*10, transférer toutes les techniques à la partie suivante...) atténue cette gêne, mais il est toujours frustrant de se rendre compte que l'on a raté quelque chose d'important et qu'il faudra attendre la partie suivante pour retenter sa chance.

Au final

Qu'on ne s'y trompe pas : malgré les défauts dernièrement cités, Tales of the Abyss est un très grand jeu. Un côté artistique alléchant, des combats de haut vol, un cast particulièrement charismatique et enfin une histoire passionante, tous les ingrédients sont réunis pour vous faire vivre une aventure que vous n'oublierez pas de sitôt.

Son pire défaut pourrait malheuresement être le fait qu'il ne sortira très problabement jamais en France, du fait que la série reste encore plutôt anonyme de par chez nous. Au vu des piètres chiffres de ventes qu'à connu le jeu aux Etats-Unis, la toute nouvelle branche européenne de Namco Bandai GI n'ira sans doute pas se risquer à publier un jeu qui reste, malgré tout ce que l'on pourra dire, « un RPG parmi tant d'autres » pour le grand public.

(Si jamais vous souhaitiez vous le procurer en import, c'est une toute autre histoire. Le jeu est sorti à prix cassé aux Etats-Unis : 39$ au lieu des 49$ habituels pour un jeu PS2, ce qui fait un peu plus de 30€. Si vous avez les moyens techniques de jouer à des jeux imports, et que vous savez où acheter vos jeux, ne passez surtout pas à côté de cette occasion, vous ne le regretterez pas.)

Note globale (à titre indicatif) : 18/20

Review réalisée par Kikujiro